Obama réprime les « généraux » Gabriel Amisi et John Numbi

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Obama réprime les « généraux » Gabriel Amisi et John Numbi

«Il faut terroriser les terroristes». Cette phrase a été lancée à la fin des années 80 par le ministre français de la Sécurité publique d’alors, Robert Pandrau.

 

Trois décennies après, l’idée garde toute son actualité. Après Célestin Kanyama Cishiku, patron de la police kinoise, les généraux de pacotille Gabriel Amisi Kumba et John Numbi Banza Tambo viennent d’allonger la liste des personnalités congolaises sanctionnées par les autorités américaines. Au motif qu’ils «menacent» non seulement la paix et la sécurité mais surtout le processus démocratique au Congo-Kinshasa. Dans la soirée de mercredi 28 septembre, les analystes s’interrogeaient sur l’impact de ces mesures. «La punition infligée au général Célestin Kanyama n’a pas empêché la police kinoise de faire preuve de cruauté lors de la marche du 19 septembre», entend-on dire.

Le département américain du Trésor a annoncé mercredi 28 septembre 2016 des «sanctions ciblées» à l’encontre des «généraux» Gabriel Amisi Kumba et John Numbi Banza Tambo. Le premier assume actuellement les fonctions stratégiques de commandant de la «Première zone de défense» incluant, outre la ville de Kinshasa, les provinces du Kongo Central, de l’ex-Bandundu et de l’ex-Equateur.

Le second n’est autre que l’ancien patron de la police nationale congolaise. L’homme a été suspendu de ses fonctions le 4 juin 2010 au lendemain de l’assassinat du défenseur des droits humains Floribert Chebeya et de la «disparition» de son chauffeur Fidèle Bazana Edadi. 

Que leur reproche-t-on ? L’Administration US accuse ces deux membres de la «Citadelle Kabila» de « menacer la stabilité et de nuire au processus démocratique ». Leurs avoirs se trouvant sur le sol américain sont de ce fait « gelés ». Il est, par ailleurs, interdit aux citoyens américains de 
«commercer» avec eux.

Violente répression

Selon les autorités américaines, les soldats congolais placés sous le commandement du «général» Amisi, alias « Tango four », ont participé à la violente répression de la manifestation du 19 septembre dernier organisée par le « Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement ». Ces éléments ont utilisé une force excessive et des armes létales. Le bilan oscille à ce jour entre 37 et 100 morts.

Lors de « l’élection » des gouverneurs de province, le tout-Lubumbashi-politique murmurait que «John Numbi a repris du service ». Il lui est reproché d’avoir menacé d’élimination physique les personnalités de l’opposition qui rechigneraient de retirer leurs candidatures au poste de gouverneur de province. Il lui est reproché également d’avoir exercé des pressions sur les «grands électeurs» que sont les députés provinciaux en leur demandant d’inscrire un numéro d’identification sur leur bulletin. But : permettre la vérification de leur vote. 

Dans un article daté du 25 mars dernier, l’auteur de ces lignes écrivait que les députés des quatre provinces nées du démembrement de l’ancienne province du Katanga (Haut Katanga, Haut Lomami, Lualaba et Tanganyika) allaient entériner les candidats adoubés par la « majorité présidentielle ». 

Selon divers témoignages, John Numbi et Kalev Mutondo, l’administrateur général de l’ANR (Agence nationale de renseignements), avaient à l’époque convoqué les députés provinciaux du Haut-Katanga à la résidence du directeur provincial (Redoc) de l’ANR. Numbi aurait, à cette occasion, appelé «Joseph Kabila» au téléphone. Il aurait par la suite actionné le haut-parleur afin que le locataire du Palais de la nation puisse s’adresser aux parlementaires locaux. Le message pourrait se résumer comme suit : « J’espère que vous n’allez pas me décevoir en votant pour quelqu’un d’autre. Vous devez élire mon candidat, Monsieur Kazembe Musonda. Nous allons mettre tous les moyens en oeuvre pour reconstruire la province et assurer son développement ». Et d’ajouter : « Dans le cas contraire, le gouverneur sera privé de moyens financiers et je pourrais même dissoudre toutes les Assemblées provinciales qui n’observeront pas mon mot d’ordre ».

Fin juin de l’année en cours, le département américain du Trésor avait pris des sanctions à l’encontre du général Célestin Kanyama pour son rôle dans les graves violations des droits humains commis par des policiers lors de l’opération « Likofi ».

Lors du retour triomphal d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba, au mois de juillet, à Kinshasa, d’aucuns avaient salué le «professionnalisme» des policiers. Ceux-ci avaient encadré le cortège du président du Comité des sages du Rassemblement de l’aéroport de Ndjili jusqu’à Limete. Sans incident majeur. Jugement hâtif ?

Qui est Gabriel Amisi Kumba ?

Natif de la province du Maniema, Gabriel Amisi Kumba est apparu pour la première fois sur le "radar politique" en octobre 1999. Son nom figurait dans l’organigramme de l’état-major général de la rébellion pro-rwandaise du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). Il était un des commandants en second. 

Pour la petite histoire Gabriel Amisi et « Joseph Kabila » sont des purs produits de l’AFDL. Les deux hommes ont le même mentor en l’occurrence l’actuel ministre de la Défense du Rwanda, le général James Kabarebe.

Après l’installation du gouvernement de transition «1+4» en 2003, Amisi Kumba sera promu plus tard chef d’état-major de la Force terrestre. En novembre 2012, des experts onusiens publient un rapport l’accusant d’avoir vendu 300 fusils AK47 aux groupes armés opérant dans les deux provinces du Kivu. C’est le cas notamment de « Maï Maï Raïa Mutomboki» et de « Maï Maï Nyatura ».

Suspendu de ses fonctions le 22 novembre, Amisi sera «réhabilité» une année après soit en juillet 2014. Et ce sur décision de « Joseph Kabila ». Motif : « insuffisance d’éléments matériels » 

Qui est John Numbi Banza ?

Electricien de formation, Numbi a commencé le militantisme politique dans les rangs de la 
«Jeunesse» de l’Uferi (Union des fédéralistes et des républicains indépendants) du duo Nguz Karl-i-Bond/ Kyungu wa Kumwanza.

Lors de la prise du pouvoir par l’AFDL en mai 1997, « John » rejoint le nouveau président Laurent-Désiré Kabila. Il est promu au grade de commandant. Au début des années 2000, il devient chef d’état-major de la force aérienne avant de se voir confier la direction de la police nationale. Il met sur pied une unité paramilitaire dénommée « Bataillon Simba ». Celle-ci va se rendre tristement célèbre en écrasant en 2007 et 2008 des manifestations des adeptes du mouvement religieux Bundu dia Kongo. 

Décidé à faire la lumière sur ces atrocités, l’activiste des droits humains Floribert Chebeya est retrouvé mort dans sa voiture le 2 juin 2010. La veille, il avait rendez-vous avec le patron de la police nationale qui n’est autre que John Numbi Banza. Six années après, le corps du chauffeur Fidèle Bazana n’a jamais été retrouvé. Aussi, Numbi est-il considéré comme étant le principal suspect au double assassinat de « Floribert » et de « Fidèle ». La justice paraît impuissance face aux protections dont bénéficie l’ex-chef de la police au plus haut niveau de l’Etat.

En mars 2013, plus de 300 miliciens Ba Kata Katanga font irruption dans le centre-ville de Lubumbashi. Certains d’entre eux affirment la main sur le coeur que John Numbi Banza Tambo leur apportait un soutien en armes et en munitions. Jean-Claude Masangu Mulongo, alors gouverneur de la Banque centrale du Congo, était le « financier ». Aucune enquête n’a été ouverte sur ces stupéfiantes allégations. 

Après les "généraux" John Numbi et Gabriel Amisi, des observateurs s’attendent à ce que le chef barbouze Kalev Mutondo et le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba soient les prochaines cibles de l’Administration Obama.

Dans la soirée de mercredi 28 septembre, certains analystes s’interrogeaient néanmoins sur l’impact des mesures prises par le département américain du Trésor. Il reste que la symbolique est forte.

Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2016

 

 





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